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| Auteur | Message |
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Nibelheim

Nombre de messages: 69 Age: 21 Localisation: Cambrai Humeur: Fatiguée Emploi: Etudiante (Lettres) Date d'inscription: 30/04/2007
 | Sujet: Poésie. Jeu 3 Mai - 18:51 | |
| Voilà je me disais qu'un topic poésie ne serait pas de trop dans le forum littérature. Aimez-vous la poésie ? En lisez-vous ? Et je propose également ce topic pour poster les poèmes qu'on préfère et qu'on voudrait faire découvrir, qu'ils appartiennent aux grands classiques du genre ou qu'ils soient moins reconnus, du moment qu'ils vous ont touché :miaw: Eloge de la poésie en 5min : Pour ma part, j'adore la poésie que j'aime lire de façon fragmentée, que j'aime même étudier, de façon à m'imprégner totalement d'un poème. Instant magique où tout fait sens à travers nous. Le lecteur est donneur de sens, autant voire plus que l'auteur peut-être. La poésie est l'écriture par excellence du ressenti. Je me permets sinon de commencer en mettant un de mes poèmes préférés : Les amis inconnus de Supervielle. De ces vers libres et légers qui vont droit au coeur. | Citation: | Il vous naît un poisson qui se met à tourner Tout de suite au plus noir d’une lampe profonde , Il vous naît une étoile au-dessus de la tête, Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux Que ses sœurs de la nuit les étoiles muettes.
Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge, En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer. Il vole sur les bois, se choisit une branche Et s’y pose, on dirait qu’elle est comme les autres.
Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes, Il n’est pas de chasseur encor dans la contrée, Et quelle peur les hante et les fait se hâter, L’écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite, La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?
Il vous naît un ami, et voilà qu’il vous cherche Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux Mais il faudra qu’il soit touché comme les autres Et loge dans son cœur d’étranges battements Qui lui viennent de jours qu’il n’aura pas vécus.
Et vous, que faites-vous, ô visage troublé, Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux, Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles «Si je croise jamais un des amis lointains Au mal que je lui fis vais-je le reconnaître ? »
Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence Et les mots inconsidérés, Pour les phrases venant de lèvres inconnues Qui vous touchent de loin comme balles perdues, Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.
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Voilà ^^" |
|  | | Mad Sa Madjesté

Nombre de messages: 7926 Age: 27 Localisation: Ik. Date d'inscription: 30/11/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 19:15 | |
| Oui je lis pas mal de la poésie mais je reste tournée vers les classiques tels que Baudelaire^^ |
|  | | Nibelheim

Nombre de messages: 69 Age: 21 Localisation: Cambrai Humeur: Fatiguée Emploi: Etudiante (Lettres) Date d'inscription: 30/04/2007
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 19:20 | |
| Oh Baudelaire Je trouve que c'est un poète très intéressant, car il a libéré les conventions, les traditions, en faisant des sonnets réguliers comme des sonnets complètement irréguliers par exemple. En abordant de nouveaux sujets et avec une nouvelle langue : sonorités, correspondances, jeux avec les mots et les significations, etc. L'un des premiers poètes de la modernité, mais qui est entré dans la tradition à son tour. Bref tout ça pour dire que j'admire sa façon d'écrire, tout ça. Deux de mes poèmes préférés de lui : A une passante et L'albatrosLol dites moi si je parle trop  |
|  | | Mad Sa Madjesté

Nombre de messages: 7926 Age: 27 Localisation: Ik. Date d'inscription: 30/11/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 19:24 | |
| Non au contraire c'est tres interressant^^ Moi c'est je ne sais pas la nostalgie le quelque chose de desespéré qui se cache derriere chacun de ses mots que j'aime.. |
|  | | Dark. Lady Baroque

Nombre de messages: 2927 Age: 20 Localisation: Sur la Lune Emploi: Coupeuse de tête! Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 20:31 | |
| Ah la poésie! Ah beaudelaire! Tout ce que j'aime. Le jeu sur les mots, les sonorités, douces ou dures qui expriment tant sans que l'on s'en aperçoive forcément, ces petits riens qui font tout, qui change tout. Cette année, j'ai étudié la poésie Romantique anglaise, on y trouve des poèmesz merveilleux. J'ai eu un vrai coup de coeur pour Lines (Tinttern abbay) par Wordsworth! J'ai aussi découvert les poèmes de Christina Rosetti, une poète anglaise plutôt de l'époque Victorienne. Ses poèmes parlent de la mort (du moins ceux que j'ai lu), et sont vraiment touchant et bouleversant. Enfin voilà ^^" |
|  | | Nibelheim

Nombre de messages: 69 Age: 21 Localisation: Cambrai Humeur: Fatiguée Emploi: Etudiante (Lettres) Date d'inscription: 30/04/2007
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 20:36 | |
| N'hésite pas à poster des extraits ou autres ;) Je ne connais pas ces deux poètes mais ça m'intéresse énormément. De mon coté j'ai découvert cette année la poésie de Keats, en anglais (d'ailleurs je trouve les traductions françaises assez maladroites), et c'est vraiment magnifique *_* (je pense à La belle dame sans merci et aux illustrations magnifiques qu'en ont fait les pré-raphaélites) |
|  | | Dark. Lady Baroque

Nombre de messages: 2927 Age: 20 Localisation: Sur la Lune Emploi: Coupeuse de tête! Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 20:42 | |
| Ah Keats! J'y ai eu droit aussi! D'ailleurs le poème que cite Bonnefoy dans les siens ^^ C'est "ode on a grecian Urn" il me semble, mais j'ai un doute ^^ En fait, j'ai peur de mettre des extraits, car ils sont en anglais, et donc certains pourraient ne pas comprendre! Ceci dit, si ça en intéresse certains, je peux en mettre, il n'y a pas de problème ^^ |
|  | | Arpège

Nombre de messages: 52 Age: 22 Localisation: Toulouse Humeur: insomniaque à mi-temps Emploi: étuidante troubadoure Date d'inscription: 01/02/2007
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 3 Mai - 21:55 | |
| je m'y connais pas trop en poèsie, voir pas du tout en première, j'ai étudié un poète, j'ai beaucoup aimé C'est Henri Michaux avec le receuil La Nuit remue Il est contemporain, mort dans les années 80 C'est en prose, pas vraiment de rimes, spécial mais c'est poètique si vous voulez je peux mettre un extrait |
|  | | Dark. Lady Baroque

Nombre de messages: 2927 Age: 20 Localisation: Sur la Lune Emploi: Coupeuse de tête! Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Ven 4 Mai - 10:06 | |
| Je serais curieuse de découvrir ça! La poésie en prose est quelque chose de spécial qui m'attire beaucoup ^^ Je veux bien que tu en mettes un extrait ^^ |
|  | | Nibelheim

Nombre de messages: 69 Age: 21 Localisation: Cambrai Humeur: Fatiguée Emploi: Etudiante (Lettres) Date d'inscription: 30/04/2007
 | Sujet: Re: Poésie. Ven 4 Mai - 10:55 | |
| +1 Cela m'intéresse beaucoup également En parlant de poésie libre, voilà Blaise Cendrars et un extrait de La prose du transibérien. | Citation: | En ce temps-là, j'étais en mon adolescence J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours Car mon adolescence était si ardente et si folle Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche. Et mes yeux éclairaient des voies anciennes. Et j'étais déjà si mauvais poète Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.
Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or, Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches Et l'or mielleux des cloches... Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode J'avais soif Et je déchiffrais des caractères cunéiformes Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros Et ceci, c'était les dernières réminiscences Du dernier jour Du tout dernier voyage Et de la mer. Pourtant, j'étais fort mauvais poète. Je ne savais pas aller jusqu'au bout. J'avais faim Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres J'aurais voulu les boire et les casser Et toutes les vitrines et toutes les rues Et toutes les maisons et toutes les vies Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés J'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive Et j'aurais voulu broyer tous les os Et arracher toutes les langues Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m'affolent... Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe... Et le soleil était une mauvaise plaie Qui s'ouvrait comme un brasier
En ce temps-là j'étais en mon adolescence J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance J'étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes Et je n'avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre La faim le froid la peste et le choléra Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes Dans toutes les gares je voyais partir tous les dernier trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets Et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester... Un vieux moine me chantait la légende de Novgorod
Moi, le mauvais poète, qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout Et aussi les marchands avaient encore assez d'argent pour tenter aller faire fortune. Leur train partait tous les vendredis matins. On disait qu'il y avait beaucoup de morts.
L'un emportait cent caisses de réveils et de coucous de la forêt noire Un autre, des boites à chapeaux, des cylindres et un assortiment de tire-bouchons de Sheffield Un des autres, des cercueils de Malmoë remplis de boites de conserve et de sardines à l'huile Puis il y avait beaucoup de femmes Des femmes, des entrejambes à louer qui pouvaient aussi servir Des cercueils
Elles étaient toutes patentées On disait qu'il y a avait beaucoup de morts là-bas Elles voyageaient à prix réduit Et avaient toutes un compte courant à la banque. |
Pour le poème en entier : http://www.franceweb.fr/poesie/transib.htm |
|  | | Pouetomagic Gnuk gnuk?

Nombre de messages: 4381 Age: 24 Localisation: ... Humeur: prout prout prout et prout Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Ven 4 Mai - 12:52 | |
| Ah ! J'aime beaucoup la poésie, meme si je n'en lis pas beaucoup ^^ En premiere on a étudié le bateau ivre de Rimbaud, j'avais pas tout compris au textes mais l'avais trouvé tres beau ! Puis un que j'adore de Beaudelaire : Les bijoux | Citation: | La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur, Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores, Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j'aime à la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d'aise À mon amour profond et doux comme la mer, Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté, D'un air vague et rêveur elle essayait des poses, Et la candeur unie à la lubricité Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins, Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne, Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ; Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal, Pour troubler le repos où mon âme était mise, Et pour la déranger du rocher de cristal Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe, Tant sa taille faisait ressortir son bassin. Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
– Et la lampe s'étant résignée à mourir, Comme le foyer seul illuminait la chambre, Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir, Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre ! |
_________________ _o*° Je suis une pizza °*o_
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|  | | amanei Croqueuse de ratous

Nombre de messages: 2869 Age: 23 Localisation: dreamland Humeur: Folle Emploi: dessiner, la couture, mes amis, les DREADS, lire.... Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Ven 4 Mai - 17:33 | |
| Ah graou graou la poësie!!!!! DOnc bon c'est plus un secret je suis une fanatique de Baudelaire bien qu'il "nous" détestait!! J'adore de cet auteur les litanies de satan, à une charogne, à une madone ex-voto dans le goût espagnol et aussi femmes damnées(delphine et hipolyte)*dsl je sais plus comment ça s'écrit le dernier prénom lol* sinon j'adore aggripa d'aubigné, prévert, ronsard  , du bellay, valérie rouzeau, jean-yves picq(même si c'est pas tout à fait un poëte), appolinaire et euh c'est les seuls noms qui me viennet à l'esprit là je vous mettrais des textes dès que possible!! |
|  | | amanei Croqueuse de ratous

Nombre de messages: 2869 Age: 23 Localisation: dreamland Humeur: Folle Emploi: dessiner, la couture, mes amis, les DREADS, lire.... Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 5 Juil - 13:16 | |
| | Citation: | au lecteur
La sottise, l'erreur, le péche, la lésine, Occupent nos esprits et travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme les mendiants nourrissent leur vermine.
Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches; Nous nous faisons payer grassement nos aveux, Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.
Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste.
C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent. Aux objets répugnants nous trouvons des appas; Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas, Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.
Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d'une antique catin, Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.
Serré, fourmillant comme un million d'helminthes, Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons, Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.
Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie, N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins Le canevas banal de nos piteux destins, C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.
Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, Dans la ménagerie infâme de nos vices,
Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde! Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris, Il ferait volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le monde.
C'est l'Ennui!- L'oeil chargé d'un pleur involontaire, Il rêve d'échafauds en fumant son houka. Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère!
Charles Baudelaire |
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|  | | amanei Croqueuse de ratous

Nombre de messages: 2869 Age: 23 Localisation: dreamland Humeur: Folle Emploi: dessiner, la couture, mes amis, les DREADS, lire.... Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 5 Juil - 13:18 | |
| | Citation: | le pont mirabeau
Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine.
Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
Guillaume Apollinaire (alcools) |
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|  | | amanei Croqueuse de ratous

Nombre de messages: 2869 Age: 23 Localisation: dreamland Humeur: Folle Emploi: dessiner, la couture, mes amis, les DREADS, lire.... Date d'inscription: 01/12/2006
 | Sujet: Re: Poésie. Jeu 5 Juil - 13:19 | |
| | Citation: | une charogne
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d'été si doux : Au détour d'un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande nature Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s'épanouir. La puanteur était si forte, que sur l'herbe Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D'où sortaient de noirs bataillons De larves, qui coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague, Ou s'élançait en pétillant ; On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague, Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique, Comme l'eau courante et le vent, Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, Une ébauche lente à venir, Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète Nous regardait d'un oeil fâché, Épiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu'elle avait lâché.
Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, A cette horrible infection, Étoile de mes yeux, soleil de ma nature, Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces, Après les derniers sacrements, Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses. Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine Qui vous mangera de baisers, Que j'ai gardé la forme et l'essence divine De mes amours décomposés !
Charles Baudelaire |
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